parabole de la règle des cieux résumé 6
Le collier des paraboles traitant du Royaume des cieux.
Résumé 6
La maison construit sur le roc/sable.
Nous débutons une nouvelle parabole de Jésus qui suit la parabole qui vient de nous apprendre les difficultés et l’importance d’une écoute juste.
Cette parabole va nous apprendre l’importance non seulement d’écouter les paroles de Jésus mais de les faire.
Ce message ne s’adresse pas au tout venant, mais à des disciples qui veulent suivre Jésus.
Ainsi il précise : « tout homme qui vient à moi »
Il s’adresse bien à des hommes ayant déjà eu un appel. Dans leur fors intérieur l’appel de Dieu s’est déjà produit selon une autre parole de Jésus qui dit : « nul ne peut venir à moi, si mon Père qui m’a envoyé ne l’attire. » (Jn 6. 44)
« Écoute mes paroles et les fait »
Ces termes ne sont pas inconnus aux juifs à qui il parle ; ils reviennent un grand nombre de fois dans la Torah. Ce sont des paroles de Dieu à son peuple.
Ex. 15 26-28 si tu écoutes attentivement la voix de YHWH, ton Dieu,
Si tu fais ce qui est droit à ses yeux,
Si tu prêtes l’oreille à ses commandements,
Si tu observes toutes ses lois
Je ne te frapperai d’aucune des maladies dont j’ai frappé les égyptiens, car je suis
YHWH, qui te guérit.
Lire : Ex. 19 5-6
EX. 23 20-23
EX. 20
Ex. 24 7-8
Ainsi Jésus parle en lieu et place de Dieu, il est (implicitement) Dieu.
Mais cette parole n’est pas la parole de Moïse dans la Torah. Il s’agit d’une parole nouvelle, qu’ils n’ont jamais entendue.
Les juifs qui l’écoutent ne sont pas dupes.
Ils sont stupéfaits de cette nouveauté qu’ils découvrent, ils reconnaissent dans l’autorité qui les enseigne l’auteur de ces paroles.
Contrairement à l’enseignement des scribes qui n’est qu’une répétition de l’ancien, cet enseignement est entièrement nouveau. Du même type que le nouveau dont nous avons entendu parler dans la parabole du vêtement neuf et des outres neuves.
Ainsi nous apprenons que Jésus enseigne et parle une parole nouvelle.
Celle-ci, écoutée et faite agit ce qu’elle dit, au même titre que pour le peuple hébreu Dieu intervenait en leur faveur ou pas, suivant qu’ils écoutaient et faisaient ses prescriptions ou pas.
Cette parole d’un mode entièrement nouveau était parabole.
Elle consiste à faire une comparaison en utilisant un système d’images pour faire changer les représentations intérieures et donc la pensée et l’action. Celui qui est en mesure de changer notre système d’images intérieures gouverne notre pensée.
Ecouter les paroles nouvelles, les comprendre, les faire, change l’homme.
« A quoi puis je comparer ». Celui qui est l’auteur de la comparaison, de la parabole, est celui qui est le maître de la règle que la parabole annonce, à la condition que l’auditeur veuille bien et librement l’agir. Jésus peut être ce maître, à la condition que nous le voulions.
Sage et sot.
La parabole se compose de deux parties.
Une première partie comparant un homme qui écoute…. et fait les paroles de Jésus
Une deuxième partie comparant un homme qui écoute….. et ne fait pas les paroles de Jésus.
Dans les deux cas il s’agit d’hommes appelés qui écoutent. La seule variante entrainant une différence dans le devenir de ses hommes est le fait de faire ou ne pas faire, d’agir ou pas la parole de Jésus. Ainsi :
Un homme qui (écoute) et fait la parole est comparable à un homme sage qui construit sa maison sur le roc.
Un homme qui ne fait pas est comparable à un homme sot qui construit sa maison sur le sable.
Nous avons là deux couples : homme sage/sot et maison sur le roc/sable.
Ce qui qualifie l’homme sage ou sot est le fait de construire sur le roc ou le sable.
Nous pouvons commencer par essayer de mieux saisir ce qu’est un homme sage non selon le sens commun mais selon l’Ecriture sainte. En effet, les récits parlant de la sagesse sont nombreux, principalement dans les livres de la Sagesse, des Proverbes et de l’ecclésiastique.
Dt 4, 4-6 « Et vous, qui vous êtes attachés à YHWH votre Dieu, vous êtes aujourd’hui vivants.
Voici, je vous ai enseigné des lois et des ordonnances, comme YHWH mon Dieu
me l’a commandé, afin que vous les mettiez en pratique dans le pays dont vous allez
prendre possession.
Vous les observerez et vous les mettrez en pratique
Car ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples qui entendront
parler de toutes ses lois et qui diront.
Cette grande nation est un peuple absolument sage et intelligent. »
Pr 1, 1-6 « Que le sage écoute, et il augmentera son savoir
Celui qui est intelligent acquerra de l’habileté
Pour saisir le sens d’un proverbe ou d’une énigme
Des paroles des sages et de leurs sentences. »
Pr 4, 3-7 «Que ton cœur retienne mes paroles. (apprendre, mémoire)
Observe mes préceptes, et tu vivras. (agir)
Acquiers la sagesse, acquiers l’intelligence.
Au travers de ses trois textes nous voyons déjà que la sagesse va toujours de pair avec l’intelligence et forme un couple.
Si on rassemble les principaux fruits de la sagesse on trouvera :
Prudence, tempérance, justice, force, science, sens des énigmes, crainte de Dieu.
La sagesse apporte la capacité analogique. Trouver du sens dans les paroles et œuvres de Dieu.
L’intelligence nous donnera la capacité logique, nous permettant de structurer et ordonner de façon constructive les données découvertes grâce à l’expérience et à la révélation.
Ainsi sagesse et intelligence forment un couple qui, agissant ensemble, vont nous permettre de saisir et comprendre les paroles de Jésus, premier pas indispensable pour pouvoir les mettre en actes.
Sagesse ----------------- Saisir, ------------------------- intelligence
Comprendre
Mais nous apprenons encore autre chose dans ces textes.
Si 21, 11
« Le résultat final de la crainte de Dieu est la sagesse »
Etre sage et intelligent c’est être à l’écoute et faire la parole de Dieu. Et le résultat en sera : « tu vivras ».
A l’inverse nous trouvons un autre couple qui est : sot et sans intelligence ou encore insensé et bête.
A la sottise est lié : insensé, iniquité pensée perverse, mépris du juste, rejet de la sagesse, incohérence. Mais également oubli et absence de crainte de Dieu.
Le sot est guidé par l’arbitraire de ses affects et de ses pulsions. Et l’exacerbation de l’ego fait elle partie de l’affect.
Une des caractéristiques du sot consiste en ce qu’il est impossible de l’instruire
Sir. 23 8 « C’est parler à un homme qui dort que d’entretenir un sot.
A la fin de ton discours, il dira : Qu’est ce ? »
Sag. 13 1 « insensé par nature les hommes qui ont ignoré Dieu.
Et qui n’ont pas su, par les biens visibles, voir celui qui est l’auteur. »
Un sot est incapable de sens analogique.
Rappelons que le début de la sagesse est effectivement la crainte de Dieu.
Roc/sable
Donc deux possibilités s’offrent à nous après avoir écouté les paroles de Jésus.
Agir en homme sage et faire ses paroles, ce qui équivaut à construire sa maison avec le roc comme fondement.
Ou agir en homme insensé et ne pas faire ses paroles, ce qui équivaut à construire sa maison avec le sable pour fondement ou sans fondement du tout, selon la variante de Luc.
Mais quelle différence y a-t-il à construire sa maison sur le roc ou sur le sable ? Tout bon sens dira que c’est évident et que cela ne viendrait à l’idée de personne de sensé de construire sur le sable. Pourquoi Jésus utilise-t’il une comparaison aussi évidente ? Qu’est ce que cette maison que l’homme est capable de construire de façon insensée sur le sable ou sans fondement ?
Cela ne commencera à prendre un sens pour nous que si nous découvrons quelles sont les analogues des figures que sont la maison, le roc, le sable et plus loin les eaux et les vents.
En effet ces choses du monde sensible doivent avoir une correspondance intelligible, un analogue intelligible, aux similitudes équivalentes. Correspondance telle que l’on puisse dire par exemple pour le roc et son analogue qu’ils sont durs, indestructibles, compacts, denses, etc. Ces similitudes permettront de découvrir le sens intelligible des objets sensibles choisis dans les paroles de Jésus.
Etudions brièvement les quelques objets qui nous intéressent dans la parabole.
La maison.
Quels sont les éléments principaux qui permettent de poser le concept de maison.
Une limite qui définit un espace
Une porte qui permet une règle des entrées et des sorties
Un maitre de maison qui gouverne et décide de la règle de la maison. Sans maitre de maison il n’y a pas de maison.
Ainsi nous avons un espace clos construit, élaboré grâce à une loi (porte) et c’est le gouvernement du maître de maison qui lui donne vie.
C’est l’intelligence et la volonté du maître de maison qui gouvernent les entrées et les sorties selon la règle qui aura été choisie.
La maison correspond à «l’homme intérieur » que nous construisons au fil du temps selon les choix de gouvernement que nous faisons. Notre moi capable de raison.
Nous voyons déjà que la constitution de la « maison » dépendra du choix de la règle et de la façon dont elle sera appliquée….en homme sage ou insensé. Mais avant cela un premier choix s’avère nécessaire, celui des fondements sur lesquels sera bâti e la maison.
Construire sur le roc.
A quoi peut correspondre le rocher ou la pierre ? De quoi la pierre peut elle être signe ?
Relevons simplement quelques similitudes, métaphores pour donner sens. Dure, dense, impression d’éternité, indestructible, pas malléable, structure ferme, inchangeable, peut tuer par lapidation, loi inscrite dans la pierre. Cœur de pierre…
La recherche des similitudes entre la pierre et son signifiant permet de découvrir qu’à la pierre correspond la « Vérité divine immanente au monde ».
Nous pouvons déjà voir les notions que Jésus nous enseigne dans cette première partie de la parabole.
Un homme qui écoute et fait mes paroles
Est comparable
A un homme sage (et intelligent) qui construit sa maison sur le roc c.à.d.
A un homme sensé qui est capable de comprendre le sens et le mettre en pratique pour se construire intérieurement selon la vérité de Dieu, immanente au monde et donc selon ses lois.
Si la maison est fondée sur la vérité immanente de Dieu a fortiori celle-ci, ayant le même maître, se construira selon la vérité et la règle de Dieu énoncées par Jésus.
Construire sans fondement.
Sans aucune base. C'est-à-dire qu’il n’y a aucune règle. La « maison » sera construite sur de l’arbitraire, au gré des affects et pulsions du moment. Ou encore sur une vérité humaine relative, qui est équivalente à une vérité guidée par l’arbitraire.
Construire sur le sable.
Mais qu’en est-il du sable dont les résultats sont équivalents pour notre maison en cas de "tempête", que construire en l’absence de fondement.
Dans la recherche des similitudes l’on peut retenir les notions de fluidité, de formes qui changent, d’aléatoire, que c’est de la pierre désagrégée. Mais également il existe une notion de douceur, de contact agréable. Que l’on préfère s’allonger sur le sable que d’être en contact direct avec la pierre. Revient en mémoire la parabole de la femme adultère où deux éléments dominent. La dureté de la pierre qui tue, par lapidation, selon la loi de Dieu écrite dans la pierre ; et Jésus qui écrit sur le sol. La caractéristique de l’écriture de Jésus dans un équivalent du sable c’est, au contraire de l’écrit dans la pierre, de pouvoir s’effacer. Ce cheminement a mené au sens retenu pour le sable qui est la « miséricorde divine ».
En effet la transgression de la vérité de Dieu, immanente au monde entraine la mort, cela est montré par l’usage de la pierre comme objet entrainant la mort. Mais aucun homme ne peut, dans son état de pécheur, s’arroger le droit de mettre en œuvre cet acte. Dieu seul est en mesure d’appliquer la sentence. Seul Jésus serait en mesure de le faire, au contraire, il efface son péché. Il ne dit pas qu’elle n’a pas péché, l’acte de justice est remplacé par un acte de sa miséricorde. Il ne la condamne pas il la libère de son péché en l’effaçant. Mais il précise : « va et ne pèche plus ».
Mais qu’en est-il du « sable » sur lequel est construite la « maison » ?
Quel genre de construction intérieure sommes-nous amenés à construire en homme sage ayant comme loi les paroles de Jésus. Il s’agit de construire ce que Paul appelle l’homme nouveau, nature humaine dont le Christ est le chef et dont la finalité est la résurrection de cet homme. La base de cette construction repose sur la Vérité immanente de Dieu.
Celui qui construit sur le sable, se construit selon ses propres règles humaines, de façon arbitraire, en oubliant Dieu, se prenant pour la référence. La loi, la règle est celle de son ego. Selon une loi sans solidité, fluide et changeante, arbitraire. Il reconnait l’existence de Dieu mais ne suivra pas ses préceptes en se disant : « Dieu est miséricordieux, je peux faire n’importe quoi, il me pardonnera ! »
Construire sur le sable c’est s’appuyer et s’autoriser de la miséricorde divine pour faire n’importe quoi. Il faut se baser sur la vérité divine et non sur la miséricorde pour construire l’homme nouveau que nous devons devenir.
La miséricorde est un cadeau de Dieu fait à l’homme. Oublier Dieu, ne pas faire ses paroles et venir quémander sa miséricorde, voir pire, la demander comme un dû est mésuser de la grâce.
La grâce divine est à la liberté de Dieu. La vérité divine nous rend libre.
S’autoriser une vie dissolue, de péché, sans suivre aucun précepte divin, en disant : « qu’importe! Dieu me fera miséricorde » est une erreur condamnée par l’Eglise. Il s’agit de «l’erreur des miséricordieux » réfuté par St Augustin.
Si 5, 6-7
Ne dis point : la miséricorde de Dieu est grande. Il pardonnera la multitude de mes péchés.
Car en lui se trouve la pitié et la colère, et son courroux tombe sur les pécheurs.
Ne tarde pas à te convertir au Seigneur et ne diffère pas de jour en jour.
Car la colère du Seigneur éclatera tout à coup, et au jour de la vengeance tu périras.
En vérité pour grandir et devenir fils de Dieu nous devons tenir et suivre les deux voies : Vérité et Miséricorde. A nous le choix de pratiquer ses lois selon sa vérité. A lui l’entière liberté du cadeau, de nous faire miséricorde de nos incapacités dues à nos faiblesses.
Cette notion est relevée dans
Pr 3, 3-4
Que la vérité et la miséricorde ne t’abandonnent pas ;
Attache-les à ton cou, grave les sur les tables de ton cœur.
Ainsi tu trouveras faveur et auras la vraie sagesse,
Aux yeux de Dieu et des hommes.
Roc ---------------------------------------------------------------------- Sable
Amour
Vérité immanente ----------------------- justice ------------------------ Miséricorde
Au monde jugement
Loi --------------------------------------------------------------------- aléatoire
Liberté divine
Mais quel est l’enjeu de ces choix? C’est de résister ou non aux épreuves ; selon le choix que nous aurons fait : de faire ou pas faire les paroles de Jésus. C’est un texte de Baruch qui nous le montre.
Ba 4, 1-
La sagesse, c’est le livre des commandements de Dieu, et la loi qui subsiste à jamais.
Tous ceux qui s’y attacheront arriveront à la Vie.
Mais ceux qui l’abandonneront, iront à la mort.
L’épreuve des eaux et des vents.
Ce sont les épreuves auxquelles nous sommes soumis qui vont révéler les enjeux.
Faire les paroles de Jésus ……notre maison résistera aux eaux et aux vents
Ne pas faire ses paroles……..notre maison s’écroulera et disparaitra. En sachant que la maison est cette « construction de l’homme intérieur nouveau accompli selon la parole de Paul :
Ga 2, 20
Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi.
De quoi les eaux tumultueuses et incontrôlées, transformées en torrents, sont elles la figure ?
Et encore, que représentent et signifient ces vents tempétueux qui écroulent la maison ?
Les eaux que nous avons déjà vues sous leur forme calme lorsque Jésus était dans la barque.
En effet l’eau représente notre capacité à accueillir en nous les données, ou les images du monde.
Un apport massif, brutal et désordonné, et nous risquons d’être noyés par ce flux d’images.
Par ailleurs les vents représentent les inspirations auxquelles nous sommes soumis. Et là encore des vents/inspirations trop forts et anarchiques, risquent d’écrouler la « maison »/l’homme intérieur que nous avons bâtie.
Ainsi si, sage, nous avons bâti sur le roc/la vérité de Dieu, nous serons à même de résister à ces épreuves. Nous ne nous laisserons pas balayer par un flot d’images dans lesquelles nous serions engloutis. Et l’homme nouveau que nous construisons à l’aide de Dieu, et de ses préceptes que nous mettons en œuvre ne s’écroulera pas aux premières inspirations mauvaises auxquelles tout homme pécheur est soumis.
Bien au contraire l’homme insensé, n’ayant écouté que sa propre sagesse verra l’homme intérieur qu’il s’est bâti, s’écrouler.
Dernière question. Que perdons-nous lorsque notre maison tombe et s’écroule ?
Toute la question est que nous arrive-t-il si nous perdons l’homme nouveau vers lequel nous devons tendre ?
Le modèle parfait de l’homme nouveau est Jésus ressuscité. Il est le premier né d’entre les morts, il est le nouvel Adam. Mais ce texte explique que c’est vers cela que tout homme doit tendre et c’est cela qu’il a à construire durant sa vie terrestre. Car c’est ce qui nous est proposé par Dieu, devenir fils et avoir la vie surnaturelle, éternelle.
Etre insensé c’est ne pas tenir compte de cela.
Le résultat est écrit dans le texte de Baruch :
Le sage vivra de la Vie éternelle
L’insensé perdra la Vie.