parabole de la règle des cieux résumé 7
Le collier des paraboles traitant du Royaume des cieux.
Résumé 7
Des enfants jouant sur la place du marché.
Mt 11, 1-19 Lc 7, 18-35
Cette parabole est incluse dans un discours concernant Jean-Baptiste et ses disciples d’une part et Jésus d’autre part.
Dans un premier temps et pour bien saisir l’enjeu de la parabole et la transformation que propose Jésus, il nous faut comprendre de quoi parle Jésus lorsqu’il parle de « cette génération », « à quoi comparerais-je cette génération ».
Pour cela il nous faut nous reporter aux nombreuses fois où la Bible fait référence à cette tournure de phrase dont voici quelques exemples.
Gn 6, 11 7 1,
« YHWH dit à Noé : entre dans l’arche, toi et toute ta maison ; car je t’ai vu juste devant moi parmi cette génération ».
Dt 1, 35 32, 1-35
«Aucun des hommes de cette génération méchante ne verra le bon pays que j’ai juré de donner à vos pères ».
Ps 78, 1-8 95, 6
« Afin qu’ils ne soient pas, comme leurs pères,
Une race indocile et rebelle,
Une race dont le cœur n’était pas ferme
Et dont l’esprit n’était pas fidèle à Dieu ».
Jr 7, 25-27
Mt 12, 39 12, 43-45, 16, 4 17, 17
« Il leur répondit : une génération méchante et adultère demande un miracle ; il ne lui sera donné d’autre miracle que celui de Jonas ».
« Il (l’esprit impur) s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante ».
He 3, 7-11,
« …Où vos pères me tentèrent, pour m’éprouver,
et ils virent mes œuvres pendant quarante ans.
Aussi je fus irrité contre cette génération, et je dis :
Ils ont toujours un cœur qui s’égare,
Ils n’ont pas connu mes voies.
Je jurai donc dans ma colère :
Ils n’entreront pas dans mon repos ».
L’on voit qu’au travers de la Bible les adjectifs qui se rattachent à « cette génération » sont nombreux et tous très négatifs : génération corrompue, méchante, fausse, perverse, race de vipère, dévoyée, insensée, dépourvue de sagesse, sacrifiant aux idoles, infidèle, sans intelligence, mauvaise, adultère, incrédule, qui tente Dieu, sceptique ………..
Faisons un bon en arrière et revoyons les liens qui relient l’homme à Dieu.
Notre tout premier lien remonte à la création. En effet Dieu nous donne l’existence en nous créant et donc la première et incontournable relation que nous avons avec Lui est une relation de création, liant la créature à son Créateur. Ceci est incontournable comme pour tout le créé. Sans ce merveilleux cadeau notre cause serait entendue : nous ne serions pas.
Mais Dieu a voulu l’homme différent du restant de sa création. Il lui a donné la possibilité d’avoir une relation de fils à Père avec lui. Cette relation de filiation exclusive dans la création ne peut être qu’une relation d’amour qui se traduit par une chose capitale notre capacité à être libre, à pouvoir faire des choix libres, la capacité à dire NON, qui nous différencie radicalement de l’animal.
Et ce « non », nous sommes capables de le dire même à l’encontre de Dieu.
Ce qui n’a pas tardé de se produire en désobéissant à une injonction de Dieu, de ne pas manger des fruits de l’arbre de la connaissance bonne et mauvaise. Nous étions pourtant prévenus, que cette transgression entrainerait notre mort.
Le résultat en a été la perte de la relation immédiate de la filiation à notre Père qu’avait le premier homme avant la chute.
Pour « la génération » qui a suivi, cette relation à Dieu ne pouvait plus être que lointaine, confuse, souvent erronée et entachée d’erreurs. La relation, provoquée de nombreuses fois par Dieu dans ses alliances, ne pouvait plus être que médiate c.à.d. médiatisée par les anges nous apportant la Révélation de Dieu et nous mettant en contact avec ses œuvres.
Par ailleurs l’homme lui-même a reçu la capacité de se mettre en contact avec Dieu toujours par l’intermédiaire des anges, grâce aux rituels et aux sacrifices prescrits et donnés par Dieu à l’homme par révélation.
Tout l’effort, toute la tension, toute la supplique de l’homme a été la demande à Dieu de recréer le lien de filiation au Père qu’il savait ne pas pouvoir rétablir par lui-même, seul. Dans son immense mansuétude Dieu s’est sacrifié lui-même en son Fils incarné, Homme et Dieu. Rituel parfait rétablissant notre lien de filiation au Père.
Mais attention, dans notre état nous subissons toujours les effets du péché originel et l’action de Satan dans le monde. Pour être fils il nous faut le choisir et exercer notre liberté en disant justement non à Satan. Ce non ne peut être une parole vague et insignifiante. Elle devient effective qu’au travers de notre engagement actif qui nous transforme en fils véritable.
Toutes les paraboles sont d’ailleurs là pour nous apprendre comment devenir fils de Dieu.
Ainsi lorsque Jésus parle de « cette génération », il s’agit de tous les hommes engendrés depuis Adam et Eve avant le Salut apporté par le Christ.
Cela reste valide pour nous. En effet nous pouvons très bien nous trouver dans ce statut de l’humanité en dehors du salut du Christ selon le choix que nous faisons.
« Cette génération » correspond au statut de l’humanité en dehors du salut du Christ.
Ainsi en étudiant ce texte nous allons voir que Jésus va nous montrer deux figures différentes, correspondant à deux situations différentes.
Comment passer de Jean Baptiste à Jésus ?
Jean Baptiste envoie deux de ses disciples interroger Jésus. « Es tu celui qui doit venir, ou devons nous en attendre un autre ? ».
De toute évidence ce questionnement ne le concerne pas lui.
En effet nous apprenons dans Mathieu que Jean est en prison. Il se trouve donc à la fin de sa vie peu de temps avant d’être décapité, geste sans aucun doute également signifiant.
Jean Baptiste sait qui est Jésus.
Cette connaissance est dite dans les Ecritures.
Lc 1
« Dès qu’Elisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie de l’Esprit Saint.
……………comment m’est il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ?
Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mon oreille, l’enfant a tressailli d’allégresse dans mon sein ».
Jn 1
« Jean lui a rendu témoignage…….Celui qui vient après moi m’a précédé, car il était avant moi…..
Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître.
………..le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit : Voici l’agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde………
………..Celui sur qui tu verras l’Esprit-Saint descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint-Esprit. Et j’ai vu et j’ai rendu témoignage qu’il est le Fils de Dieu ».
Ainsi nous pouvons constater que Jean savait que Jésus était le Messie et qu’il était le Fils de Dieu.
Il envoie deux disciples pour que étant deux ils soient des témoins véritables non pour lui, mais pour eux-mêmes ainsi que tous ses disciples.
Ils vont prendre conscience eux-mêmes, par les « œuvres » que fait Jésus qu’il est bien « celui qui doit venir, celui qui est attendu ».
Celui qui vient est exactement celui dont Jean l’Evangéliste dit dans son prologue :
« Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.
Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, (Créateur),
Et le monde ne l’a pas connue.
Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue (l’humanité)
Mais à tous ceux qui l’on reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, (fils) lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme (cette génération), mais de Dieu (filiation au Père).
Ainsi, si Jean Baptiste envoie ses disciples voir Jésus c’est dans le but qu’ils le reconnaissent comme « l’envoyé » et qu’ils puissent changer de maître.
Il s’agit de passer de la lignée de Jean Baptiste à la lignée de Jésus.
Qui est Jean Baptiste ?
Jésus compare deux sortes d’homme :
Un homme au désert, roseau agité par le vent / un homme aux habits précieux dans la maison des rois.
Voici deux situations opposées :
Dans le premier cas il s’agit d’une situation où l’homme est démuni de tout, sans les repères du monde, pratiquant jeûne et ascèse. Ces pratiques de purification sont la porte d’entrée à la capacité d’entrer en lien avec le monde angélique et Dieu, source d’inspiration et par l’inspiration devenir la mesure que doit être tout prophète. Jean est véritablement un prophète.
Il est mis en parallèle avec un homme dans la maison du roi, l’habit le situant proche de celui-ci. Donc là il est dans sa structure humaine avec toutes ses règles de vie bien établies voir même l’intéressé est maître de la règle. L’on pourrait dire que « L’Epoux » qu’est Jésus est cet homme roi, maitre de la règle, humanité parfaite et entièrement accomplie.
Ces deux visages d’homme feront échos aux deux exemples que Jésus donnera, Jean Baptiste et lui-même le Messie porteur de la Règle des cieux, en montrant que les hommes de « cette génération » sont incapables de faire une réelle différence entre les deux et les reconnaître.
Jésus confirme que Jean est bien cet homme du désert. Ce désert qu’a connu le peuple hébreu pour sa transformation radicale, pour pouvoir entrer dans la terre promise.
Il refait ce chemin que devrait faire toute « cette génération » à laquelle il appartient pour pouvoir, comme lui reconnaitre « celui qui doit venir »
Jean est prophète appartenant aux hommes de « cette génération » Il est effectivement le plus grand, et le dernier car il a comme mission de reconnaitre non seulement que celui qui était annoncé est arrivé, que Jésus est bien le Messie attendu, mais plus encore que ce messie est Dieu lui-même fait homme. Que de ce fait il est le dernier prophète de la lignée correspondant à « cette génération » d’avant le salut du Christ. Il est donc bien celui de qui on disait qu’il « est l’Elie qui devait revenir » pour clore cette lignée, Figurativement.
D’ailleurs cela se réalise jusque dans le martyre de Jean qui perd le « chef » figurant le changement de principe, de « tête ».
Jésus explique bien que Jean est le plus grand dans la lignée de « cette génération » mais que ce plus grand est bien plus « petit » que le plus petit du Royaume des cieux qui est la lignée que Jésus vient instituer dans le monde.
Jésus nous explique également une chose qui peut paraître surprenante, que le Royaume des cieux était forcé ?
Comment peut-on concevoir qu’il y ait rapt du Royaume. Cette situation de rapt correspond à toute la période « de cette génération » c.à.d. allant de la chute à la venue de Jésus incarné. Jean Baptiste est membre de « cette génération ». Dans cette situation la seule approche de l’homme vers Dieu est une médiation par les anges au travers des rituels. Le rituel, fait par l’homme, librement, donne accès au monde spirituel. Mais c’est un peu, comme forcer Dieu à nous rencontrer.
A quoi comparerai-je « cette génération » ?
Bien que Jésus nous apporte le Salut et nous donne la possibilité d’être fils du Père, ceci n’est de loin pas automatique. L’action de Satan dans le monde persiste, l’état de « cette génération » est toujours vivante et présente. Il nous faut choisir.
Mais Jésus va nous montrer par cette comparaison en quoi consiste notre comportement qui nous empêche de bien choisir et de réussir notre changement de lignée, passant de la lignée de « cette génération » à celle de Jésus, filiation du Père qui nous fait entrer (progressivement) dans le Royaume des cieux, qu’est Jésus.
Les hommes de cette génération ressemblent à des enfants assis sur la place du marché.
Donc dans un premier temps on peut considérer qu’il s’agit de groupes, d’un ensemble d’hommes qui sont comme des enfants. Deux situations se présentent évoquant : pour l’une la joie et la fête ressemblant à l’ambiance de fête des noces.
Pour l’autre de chants de complaintes comme on peut les trouver lors d’un deuil ou de funérailles.
Dans les deux cas la réponse du groupe répondant est parfaitement inadéquate. Dans la normalité des choses il devrait participer à la joie de la fête des noces ou aux pleurs du moment de deuil. Mais ils ont un comportement infantile inapproprié et faux. Ils sont incapables de discerner la situation et de si adapter et si conformer. Leur réaction est arbitraire et déplacée. Ou encore ils sont sceptiques quant à reconnaître la situation devant laquelle ils se trouvent, incapable d’avoir une relation juste à la situation qui se présente et aux gens qui y sont impliqués.
Et cela va nous permettre de comprendre la suite des paroles de Jésus décrivant deux hommes dans deux situations différentes.
Jésus s’adresse à la foule qui le suit et l’écoute. La foule, comme nous dans la majorité des cas, ne comprend pas et se comporte comme ces enfants sur la place.
Jean Baptiste fait exactement ce qu’il faut faire quand on est dans « cette génération » impure, en attente du « Sauveur » Il jeûne au désert pour se purifier, dans cette attente qu’il prophétise. Mais ceux qui le voient, le considèrent comme « cinglé » et donc habité par un démon.
Jésus est Dieu lui-même, le tout pur, le monde venant, présent. L’on peut aussi dire, » l’Epoux » est là. Dans ce cas il n’est plus utile de se purifier et jeûner. Jésus et ceux qui l’accompagnent peuvent manger et boire, comme au temps des noces. De plus Jésus, Dieu fait homme, le messie que tout le monde attendait est là pour le salut des hommes. Il vient pour sauver les pécheurs que nous sommes, publicains et gens de mauvaise vie, c’est donc normal qu’il se trouve parmi eux. Mais ça non plus, la foule et les pharisiens, et nous dans la situation de « cette génération », ne le comprennent et le considèrent comme un homme impur qui faute contre la loi de Dieu.
Ils ne peuvent voir qu’il s’agit du Messie de Dieu.
Tout comme les enfants sur la place du marché, au lieu de s’associer à la joie des « noces », de la présence de « l’Epoux », nous restons sceptiques et critiquons.
L’acte de Jean Baptiste, d’envoyer ses disciples constater les actes de Jésus est la bonne solution. Car ces actes annoncés dans l’Ecriture le justifient et ils seront en mesure de le suivre et devenir ses disciples. Ils seront capables de changer de lignée et d’entrer, grâce à Jésus, dans la filiation du Père, de passer de l’état de serviteur à celui de fils. De la crainte de Dieu à l’amour de Dieu.
La parabole en elle-même nous apprend une nouvelle chose.
Pourquoi sommes-nous incapables de suivre Jésus ?
Nous faisons partie de « cette génération » atteinte du péché originel et donc notre comportement est celui de ces enfants sur la place du marché.
La place du marché évoque cet espace qui correspond à la vie dans « ce monde ci » et tout ce qu’il représente. Cela fait résonner en nous les marchands chassés par Jésus du temple. Ce temple qu’il nommera « La maison du Père » et qu’il comparera à son corps. L’élément dominant dans la notion de marchands ou de marché est une relation de profit, tournée vers l’appropriation. Un terme qui conviendrait le lieu du marchandage, où la justesse n’intervient que très peu. Dans cette situation nous nous conformons aux idées du monde sans discernement, ni jugement. Ce qui domine c’est l’esprit du monde, de « cette génération », arbitraire, sceptique au gré des humeurs telle la foule. Et donc un comportement d’enfants irresponsables jamais en adéquation avec la situation présente.
Nous avons déjà appris comment écouter, en sachant que nos préjugés, notre irrépressible besoin de conformité au monde, notre mémoire sont autant de freins et de barrages à une entente juste. Nous avons également appris comment nous construire intérieurement, construire notre « maison » : écouter, apprendre et faire, agir l’enseignement des Ecritures et des paroles de Jésus. Cette nouvelle parabole nous révèle combien, dans notre situation de pécheur il est difficile de changer de « lignée », passant de celle ascétique de Jean Baptiste enseignant l’ascèse et le jeûne pour la purification, à celle de Jésus, enseignement « nouveau », hors de toute connaissance puisque c’est un enseignement du Royaume.
Mais la Sagesse n’a pas besoin des hommes de cette génération pour être justifiée, elle l’est par ses enfants, que sont ses œuvres. Ce sont les œuvres qu’il faut regarder. C’est par ce moyen que nous pourrons discerner et choisir.