eau bénite

Publié le par joS

                                                L’EAU BENITE.

 

 

 

Une fois franchie la porte de l’église nous avons coutume d’utiliser de l’eau bénite pour accompagner le signe de croix. Souvent le prêtre en use pour bénir l’assemblée des fidèles ou le corps d’un défunt ou encore les maisons, les champs et en d’autres occasions.

 

Pourquoi faire de l’eau bénite ? Pourquoi l’utiliser dans les rituels en tant que sacramental ?

 

Sacramental qu’il faudra bien différencier des sacrements, comme l’eucharistie et le baptême.

Dans les sacramentaux on trouve : l’eau, le sel, l’huile, l’encens béni…

L’on peut déjà dire qu’un sacrement agit « ex opere, operato » c'est-à-dire quelque soit l’état de celui qui le pratique, ou le reçoit.

Un sacramental agit « Ex opere operantis » Son efficacité dépend de celui qui le donne. Ainsi l’efficacité du sacramental donné par l’évêque est plus puissante que celle du prêtre. D’autre part les sacramentaux communiquent la grâce divine que si ils sont reçus et utilisés dans la foi et non pas par superstition.

 

                         BENEDICTION ET MALEDICTION

 

Bénédiction

 

Elle s’oppose immédiatement à la malédiction, mais la bénédiction est première par rapport à la malédiction dans le récit de la genèse.

                       « Dieu créa l’Homme à  son image

                           à l’image de Dieu il le créa

                           Homme et femme il les créa

                           Dieu les bénit et leur dit :

                            Soyez féconds…….Dominez sur les poissons… (Gen 1,27-28)

Rappelons que la création de l’Homme est décrite en deux temps

Dans un premier temps Homme-femme  (Zakar et Neq’va)

Puis sexuellement différencié homme et femme  (Ish et Isha)

 

La bénédiction à lieu après le premier temps de la création dans la période des 6 jours qui sont le temps de l’œuvre de création de Dieu.

L’Homme-femme, Adam est placé dans le jardin d’Eden où il est dans l’intimité de Dieu au contact de la nature (Adamah). Cette nature est totalement signifiante pour lui (eux).

 

 

Malédiction

 

Survient ensuite la différentiation d’Adam. Différentiation sexuelle en homme et femme pour qu’Adam ait un vis-à-vis et qu’il ne soit pas seul.

La transgression de l’interdit de manger du fruit de l’Arbre de la connaissance du Bien et du mal est cause de la malédiction originelle. Il perd le lien qui l’unissait à Dieu, à la grâce divine et de ce fait perd le contact réel et sain avec les choses, la création et avec lui-même. Cette malédiction touche également toute la création qui n’est plus reconnue par l’homme comme chose sainte de Dieu.

                                   « Maudit soit le sol à cause de toi » (Gen 3,17)

Cette malédiction pèsera donc également sur l’élément eau comme nous allons le voir dans les récits du mythe de Narcisse.

 

                                L’EAU

 

Elément essentiel dans la nature au point de caractériser la vie, elle peut aussi être considérée comme dangereuse dans la masse des océans et des eaux souillées.

L’homme va rapporter l’eau à l’usage qu’il en fait : boire se laver, produire du pain ou des briques.

L’eau va également plus subtilement servir de miroir. On pourra y voir sa propre image ou encore l’utiliser comme dans le temple de Salomon, la mer d’airain, pour voir le « ciel ».

Le mythe de Narcisse nous conduit vers l’aspect maudit de l’eau. Il peut nous faire comprendre la nécessité de la bénédiction de cette eau, et donc sa purification, qui aura pour but d’annuler la malédiction qui pèse sur la nature depuis le péché originel.

Dans le mythe l’homme, Narcisse, se voyant dans le miroir de l’eau. Il confond cette image de l’eau et en tombe amoureux. Il se noie dans cette confusion.

Cette noyade est bien sur une « image », un signe pour nous montrer une autre noyade concernant l’homme, l’impossibilité de reconnaître son altérité.

Coupé de la grâce divine depuis le péché originel, l’homme isolé ne peut plus voir la nature comme le miroir de la divinité. Il la voit comme son propre miroir et il s’identifie à elle. Il se trouve dans le  son monde sensible clos qu’il utilise pour son propre usage de façon uniquement égotique.

Seule une bénédiction peut annuler cette malédiction qui pèse sur la nature.

Il s’agit de restituer les choses à la bonté originelle de la création et donc que le monde crée sensible redevienne signifiant de l’œuvre de Dieu.

Le miroir d’airain dans le temple servait justement à voir le ciel figure du monde invisible.

 

 

                                 PURIFICATON  ET  BENEDICTION

 

Il nous faut étudier à la fois en quoi consiste la bénédiction de l’eau

et l’usage de l’eau bénite pour la purification et la bénédiction.

 

L’eau avec laquelle on se lave signifie immédiatement la purification des souillures corporelles. Par contre son efficacité pour signifier la purification de toutes les souillures morales ou spirituelles ne semblait pas suffisante.

Pour cette purification plus « profonde » et les hommes y ont impliqués très tôt une intervention surnaturelle. Les rites anciens des grecs, des romains et des hébreux (Nbr 19.1-22) employaient pour purifier de l’eau lustrale. Le rite consistait à mélanger dans l’eau les cendres du sacrifice d’une vache rousse.

Chez les hébreux l’eau lustrale servait à se purifier du contact d’un cadavre, ce qui était la plus grande impureté.

Actuellement la purification et la bénédiction de l’eau sont plus « profondes » que celle de l’eau lustrale faite par le rite des cendres d’un animal sacrifié.

C’est le sacrifice du Christ, Dieu lui-même, qui fait la purification et la bénédiction de l’eau.

Elle est également signifiée dans un rituel qui se fait la nuit pascale. Le prêtre plonge le cierge pascal dans l’eau. Ce n’est pus les cendres d’un sacrifice animal qui font la puissance de l’acte, mais le sacrifice de Jésus mort et ressuscité qui le fait. Cette eau, qui est l’eau du baptême, est infiniment plus efficace.

Il y a donc deux degré de purification. L’eau lave une forme d’impureté mais pas la plus profonde mais pas la plus profonde qui nécessite l’intervention directe de Dieu ce que nous apporte la nouvelle alliance.

« Baptisé dans le Messie Jésus, c’est dans sa mort que nous sommes baptisés ».

L’eau du baptême contient’ en quelque sorte le sacrifice (ex cendres) du Christ et c’est pourquoi elle nous purifie totalement de la mort et nous conduit à la résurrection. L’eau mêlée des « cendres » du véritable sacrifice, c’est-à-dire bénite au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, est donc capable de purifier rituellement le chrétien. C’est l’eau lustrale de l’Eglise.

N’importe quelle eau est valide pour le baptême, mais les chrétiens ont toujours béni l’eau du baptême et nous avons des témoignages historiques que, dès les premiers siècles, on bénissait cette eau et on y jetait du sel exorcisé. Car il faut signifier que l’eau du baptême chrétien est une eau lustrale par excellence qui sauve de la mort et du péché originel.

L’usage de l’eau non bénite n’est pas suffisant pour une purification.

Touché par le péché originel, cette eau représente l’eau maudite. L‘homme dans ce cas veut se purifier par ses propres moyens et il ne fait qu’accentuer son désir égocentrique à la pureté.

Il faut donc un rituel qui implique une puissance divine, ce que les païens avaient compris. Mais les sacrifices dont les cendres mêlées à l’eau étaient des sacrifices institués par l’homme. Aussi étaient ils impuissants quoique signifiants.

En effet il s’agit dans le sacrifice animal de signifier le sacrifice de l’ego, or le sacrifice de l’ego ne peut être opéré d’aucune manière par un homme qui est dans la malédiction du péché.

C’est pourquoi Saint Paul écrit :

« Tel est précisément le grand prêtre qu’il nous fallait, saint, innocent, immaculé, séparé désormais des pêcheurs, élevé plus haut que les cieux, qui ne soit pas journellement dans la nécessité comme les grand prêtres, d’offrir des victimes d’abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple, car ceci il l’a fait une fois pour toute en s’offrant lui-même » (He7, 26-27).

Et cela n’est possible que parce que le grand prêtre est le Fils de Dieu.

 

                                     BENEDICTION

 

C’est Dieu qui bénit, et toutes les bénédictions découlent de son autorité…jusqu’à aujourd’hui. Lorsque le prêtre bénit les objets c’est pour les rapporter à la bénédiction de Dieu qui a tout créé dans sa bonté parfaitement Bon.

Chaque rituel de bénédiction se rapporte donc à l’efficience de la bonté de Dieu.

Par cette bénédiction, les choses bénites vont devenir signifiante.

Par exemple le rituel de l’eau bénite dite par le prêtre au nom de Dieu :

« O Dieu qui, pour le salut du genre humain, a fondé le plus grand des sacrements sur la substance des eaux…verse la puissance de la bénédiction, afin que ta créature, servante de tes mystères, reçoive l’efficacité de la grâce divine pour éloigner les démons et repousser les maladies… »

 

                                  L’USAGE DE L’EAU BENITE

Il est dit dans la bénédiction même « chasser les démons » et tout ce qui découle de leur action pernicieuse.

La malédiction qui pèse sur la Adamah, c'est-à-dire la nature, vient du fait qu’Adam a cédé à l’inspiration du démon et a livré, par suite, tout ce qu’il devait à cette même impulsion.

C’est pourquoi l’Eglise recommande de bénir tout, les champs les maisons, les aliments… et surtout les vases sacrés et tout ce qui aura un usage saint et sanctifiant.

 

Si l’on nie l’existence du démon, les bénédictions sacramentales n’ont plus de sens.

 Rappelons que l’opération sacramentale découle d’une grâce donnée de Dieu obtenue par la prière du prêtre ou de l’évêque, dans un rituel où s’exerce le pouvoir intercesseur de l’Eglise.

Le sacramental obtenu, ici l’eau bénite, agit non pas « ex opere operato » mais « ex opere operantis »

Pour le sacrement son action est dite « ex opere operato »  c'est-à-dire qu’il agit lorsqu’il est donné indépendamment des qualités du ministre qui les donne ou de l’état de celui qui le reçoit. Par exemple pour l’eucharistie, celle-ci a les même pouvoir que ce soit un prêtre ou le pape qui la consacre. Quelque soit l’état de péché dans lequel il pourrait être. Même chose pour celui qui la reçoit. L’hostie qu’il prendra sera le corps du Christ seule chose si il est en état de péché mortel, ou athée il commet un blasphème.

Pour un sacramental la bénédiction qu’il procure est dépendante de celui qui la donne. Ainsi la bénédiction épiscopale est plus puissante que la bénédiction sacerdotale. D’autre part la grâce divine que doit communiquer le sacramental ne peut agir que si il est reçu et utilisé dans la foi. Son action est « ex opere operantis ».

 

                                      CONCLUSION

 

Le chrétien peut utiliser l’eau bénite pour s’asperger soi même ou asperger quelque chose afin d’entrer en communion avec la grâce donnée par la bénédiction, qui est chaque fois signifiée. Pour l’eau bénite il s’agit de se purifier ou purifier quelque chose de toute atteinte du démon. (Les souffles impurs dont parle tant l’Evangile)

C’est cette eau qui rappelle fondamentalement l’eau du baptême, c'est-à-dire l’eau de la purification du péché originel. Le péché provoque la coupure de l’homme avec Dieu. De ce fait il  entraîne l’homme à préférer son moi clos sur lui-même plutôt que Dieu qui constitue notre bonté. Cette préférence nous fait  tomber dans l’aliénation aux impulsions du démon.

 

En général on ajoute au rituel de l’aspersion de l’eau bénite un signe de croix.

 

En entrant dans une église, qui est un lieu saint, consacrée à Dieu et aux rituels qui nous conduisent à Lui, on fait ce premier rituel de purification. On chasse de soi les esprits mauvais qui nous empêcheraient de participer dignement et fructueusement aux liturgies et rituels sacrés.

 

On doit y mettre le plus d’intelligence et de volonté possible car c’est aussi la volonté d’entrer dans la pureté de Dieu même, en abandonnant notre terrible attachement égotique à nous même. Au lieu de nous noyer dans notre propre image nous pourrons ressusciter dans l’image de Dieu à laquelle nous avons été créée et dans laquelle toute chose redevient parfaitement bonne

 

 

 

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Publié dans sacramentaux

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