pur-impur
Afin de mieux saisir la place capitale que prend le pur et l'impur dans les textes bibliques en vue d'un enseignement sur nous même, sur le chemin à parcourir.
DU PUR ET DE L’IMPUR
« Lorsque Moïse parle, c’est de moi qu’il parle…
Pas un iota de la parole de la torah ne passera » ainsi…disait Jésus.
Il nous faudrait peut être prendre la chose au sérieux, lire attentivement la Torah et les Prophètes et essayer de comprendre la raison d’être de toutes ces lois et décrets dont foisonne l’ancien testament.
Pour un chrétien qui se croit très rapidement au dessus des lois et dans la miséricorde, il serait peut être bon qu’il se penche un peu plus sur ces textes qui font corps et sont inséparables de la loi nouvelle. Il est impossible de comprendre en profondeur ce que nous appelons le nouveau testament, si nous éliminons comme obsolète l’ancien testament. L’un éclairant l’autre.
Ainsi peut-on constater une place très importante donnée à la notion de pur et d’impur, avec une foule de décrets et une jurisprudence très lourde sur ce qui était autorisé ou interdit. Interdit de toucher, regarder, dire, mettre du point de vue vestimentaire, faire ou manger. Il suffit de se pencher sur le Lévitique pour être convaincu.
Mais pourquoi tant d’interdits ?? Pourquoi toutes ces lois sur le pur et l’impur ?? Y a-t-il quelque chose à comprendre ??
La notion d’interdit.
Pourquoi poser des interdits ?
On pose un interdit pour attirer l’attention de celui à qui il s’adresse, pour faire signe de quelque chose qu’il ne voit pas. C’est tout simplement d’ordre pédagogique. A tel point que lorsqu’on est capable de « voir », d’avoir conscience de la chose, l’interdit disparait. L’interdit fait signe. Nous en aurons un exemple pour l’interdit de manger des animaux qui étaient considérés comme impurs.
Mais tant que l’on n’a pas atteint cette conscience, l’interdit persiste. Aurions-nous acquis cette conscience des choses ?
Ainsi il est interdit au profane d’entrer dans le sanctuaire pour bien signifier qu’il s’y passe quelque chose d’invisible à nos yeux, la présence réelle de notre Divinité.
Cela permet à l’homme de prendre conscience d’un monde visible et invisible, cela fait apparaître et différencie ce qui est profane de ce qui est sacré.
La transgression entraîne une sanction qui est d’ordre thérapeutique proportionnée aux dégâts qu’entraine la transgression. Ainsi il serait bon d’y regarder à deux fois lorsqu’on transgresse un interdit puni de mort. Car c’est ce qu’entraine à plus ou moins long terme cette transgression pour ce qui est de notre nature humaine. (cf. l’interdit de travailler le shabbat).
Pur et impur.
Revenons à notre notion de pur et d’impur.
Retenons que ces lois ne sont pas d’instauration humaine, mais divine, y compris les châtiments encourus en cas de transgression.
D’abord qu’est ce que le pur ?
C’est ce qui ne porte aucune trace de mélange. A contrario est impur ce qui comporte la moindre trace d’un quelconque mélange. Et pour bien signifier cette impureté on pose un interdit de toucher ou de manger.
Nous pouvons donc déjà comprendre qu’un seul est parfaitement pur. Le Pur, Saint et Parfait, c’est Dieu.
Nous voyons également qu’il y a une proximité entre pureté et perfection. Parfait signifie : ce qui est fait jusqu'au bout, totalement. Ce qui est entièrement accompli. Là encore un seul est parfait, Dieu. Toute la création est tendue vers Dieu, le Pur, le Parfait. Il faut donc que la création tende par la différentiation des choses à la perfection et au pur.
Dans le monde créé, comme nous allons le voir, est parfait celui qui accomplit totalement son être. L’on pourrait également dire, qui est entièrement individué, ou encore, qui a atteint son individuation pleine et entière. Ne peut être parfait que ce qui est arrivé, ou celui qui est arrivé, à sa totale différentiation et qui seul sera pur.
Ceci est la raison pour laquelle tout l’ancien testament passe son temps à séparer à différencier le monde. Tout cela pour sortir du mélange et de la confusion.
Mais pourquoi se donner tant de mal ??
L’une des premières raisons que l’on peut invoquer est : pour édifier l’homme ou plutôt la nature humaine, nature non atteinte par la biologie de l’espèce, au fond pour être parfait, car nous devons être parfaits comme notre Père dans les cieux est parfait. Et la perfection de l’homme est d’avoir atteint sa totale différentiation, sa totale individuation. Pour l’homme déchu, cela est totalement impossible. Il est « mélange et confusion », il est donc impur. Un seul est parfait, modèle de l’homme …Jésus ressuscité, nouvel Adam.
Mais est-ce que cette explication est suffisante, ou bien y a-t-il une raison plus profonde et plus vitale, plus ontologique encore ?
Pour cela il faut se tourner vers la finalité de l’homme.
Comme nous l’indique notamment Saint Jean de la Croix : l’homme est promu à son union sans confusion avec la Divinité.
Mais il est strictement impossible qu’il puisse y avoir mélange, ce qui serait l’impureté maximale, le mélange et la confusion entre le créateur et sa créature, (ce que réaliserait en « figure » le sacerdoce des femmes, la femme qui est l’expression de la création en l’Homme).
Le « pur » ne peut en aucun cas être approché, être en contact ou mélangé avec de l’impur. De toute façon l’impur n’y résisterait pas. Il serait tout bonnement anéanti.
C’est ce qui explique les nombreux morts dans le peuple au contact de la divinité, racontés dans l’Exode. L’interdiction d’approcher Dieu et sa montagne sainte. L’instauration d’une caste de prêtres et du grand prêtre pour assurer une parfaite différenciation entre le peuple et sa divinité, qui font des sacrifices de purification et d’intercession pour pouvoir l’approcher. Il ne s’agit pas d’une lubie de Dieu, il s’agit d’une impossibilité réelle et ontologique de la création dans son état déchu. A vrai dire l’homme depuis lors est impur, donc mélangé donc confus et c’est la raison d’être et la nécessité de la Révélation.
Mais parlons de la différence entre mélange et union.
par un exemple :
Dans le domaine des sciences :
Mélange : H2 et O2 sont deux gaz. Mélangés les deux corps resteront sous forme d’un gaz utilisé en plongée.
Union : L’on peut lier 2 hydrogènes et 1 oxygène. L’union des deux corps va donner un nouveau corps avec des propriétés tout à fait différentes et nouvelles, Il s’agit de l’eau, H2O.
Prenons un autre exemple : mélangeons de la farine de l’eau du sel et du levain, cela n’est pas du pain mais une soupe immangeable. Travaillons le mélange, laissons le reposer et lever et surtout cuisons-le au feu. Nous obtiendrons un nouveau corps aux propriétés bien différentes, qui n’est pas un mélange mais une union de plusieurs éléments pour donner une nouvelle « chose » différente des éléments de départ, le pain.
Faisons un pas de plus. Un potier fabrique une cruche. L’union de la terre et de l’idée que le potier se forme de la cruche, va donner naissance à la cruche. C’est l’idée du potier qui donne « existence » à la cruche. Mélanger des terres différentes ne suffit pas pour voir apparaître une cruche.
Allons plus loin encore et voyons ce qu’il en est de l’homme.
Selon la pensée hébraïque, l’homme se compose de la façon suivante :
(chair)-------------- (sang) âme- animante (nefesh) -- âme raisonnable (neshamah) -- esprit(Rouah)
corps âme esprit
L’acte sexuel qui est le « mélange » d’un homme et d’une femme ne suffit pas pour donner vie à un enfant. C’est la part biologique apportée de la création. Son âme, unique, don de Dieu, par union à la chair donnera naissance à la vie de l’enfant. Le don de la vie vient donc de Dieu et pas des parents.
Cela nous révèle quelque chose d’extraordinaire ? C’est que Dieu est la Vie et que s’il nous communique la Vie, il se communique à nous par la « nature ». Dieu se manifeste dans sa création, et pour l’homme il se manifeste en lui donnant l’âme « raisonnable »( la neshamah, qui est donnée comme nishmat haïm), qui le différencie radicalement de l’animal, et la vie (âme animante, nesfesh) sensible comme celle de l’animal.
Nous commençons à voir qu’elle est l’importance de différencier ce qui est du mélange (impur) et ce qui est de l’union. Corps nouveau allant vers une perfection nouvelle, plus grande, plus pure.
Mais la finalité de l’homme dans l’union à la divinité ne correspond pas à cette union de la chair et de l’âme selon la nature. Il s’agit d’une union de Dieu à l’homme libre parfaitement individué qui se communique à lui, selon la surnature, par la grâce (st Jean de la Croix). Ce don de Dieu, qui est union à Lui ne peut se faire que dans une pureté parfaite et aboutissant à la sainteté de l’homme. Nature humaine sainte.
Pour bien révéler cette vérité, il faut montrer une séparation franche entre
Créateur incréé/ créature. Ce mélange est certainement le plus grave et le plus abominable. L’interdit du travail le jour du shabbat, jour comme on dit réservé à Dieu, révèle l’existence de Dieu incréé dans son « repos ». Ce Dieu « trine et un » qu’il nous faut, pour nous hommes, différencier de Dieu en tant que « Créateur », qui nous constitue et nous donne la vie. La confusion risquerait de nous mener à une idolâtrie qui est le panthéisme.
La « figure » de ce mélange serait réalisée dans la "femme- prêtre", et c’est la raison de son interdit quasi dogmatique. Car la femme exprime, par ce qu’elle manifeste, la nature humaine créée comme gloire de l’homme (cf. St Paul). Par contre le grand prêtre montre le lien de la nature humaine avec le Dieu incréé dans son repos. Le prêtre de la nouvelle alliance est le représentant de l’unique grand prêtre, qu’est Jésus ressuscité.
Qu’en est-il des animaux impurs ? En quoi consiste leur impureté ?
Rappelons-nous que l’impureté d’une chose consiste en l’existence d’un mélange dans la chose considérée. D’autre part est considéré comme pur l’accomplissement parfait de son individuation.
Pour un animal l’individuation se fait au niveau de l’espèce. C.à.d. qu’un animal est parfait lorsqu’il correspond à son espèce et à l’archétype qui lui est lié. L’impureté maximum pour un animal est la chimère (le mélange monstrueux de deux espèces comme le minotaure).
Ecoutons le Lévitique. Lv 11. 3-8
« Vous mangerez parmi toutes les bêtes qui sont sur la terre. Vous mangerez de tout animal qui a la corne fendue, le pied fourchu, et qui rumine. Mais vous ne mangerez pas de ceux qui ruminent seulement, ou qui ont la corne fendue seulement. Ainsi vous ne mangerez pas le chameau…., le daman…, le lièvre…. Le porc qui a la corne fendue et le pied fourchu, mais qui ne rumine pas : vous les regarderez comme impurs. Vous ne mangerez pas de leur chair, et vous ne toucherez pas leurs corps morts : vous les regarderez comme impurs. »
Ainsi ce qui rend impur, c’est être un mélange des espèces, et l’absence d’accomplissement en l’une d’entre elle. Dans ce cas précis c’est de pas remplir les conditions des ruminants, comme par exemple le taureau ou l’agneau qui sont des animaux purs pour le sacrifice.
Cette pédagogie de l’interdit sur le pur et l’impur est toujours la même. Il s’agit de montrer qu’il ne faut pas mélanger, pour aller de différenciation en différenciation à la différence ultime
Dieu incréé / homme créé
Nous pouvons citer d’autres différenciations majeures :
Vie/mort (impureté des cadavres, du sang…..)
Sacré / profane
Visible / invisible
homme / femme
Psychique / inspiré (pneumatique) etc.
Le mélange est mort de la nature humaine par confusion.
Mais de quel risque de mélange parle le Lévitique lorsqu’il donne en exemple les quadrupèdes ruminants de la terre ?
L’on peut assez facilement trouver à quoi correspondent les « figures » montrées par les animaux dans la Bible. Les animaux, par analogie, correspondent aux instances psychiques de l’homme. L’analogie qui unit les quatre quadrupèdes impurs est de l’ordre de la relation des instances psychiques à l’inspiration. Voilà effectivement un domaine où il ne vaut mieux pas faire de mélange sous peine d’être dans la chimère. Lieu de bien des dangers comme nous l’apprend Jésus lors de la guérison du démoniaque envahi par un esprit impur se nommant "légion" et qui demande au « Pur » de les envoyer dans les porcs.
Ce mélange du psychique et de l’inspiration est source d’égarement et empêche notre individuation en notre nature humaine et notre union à Dieu.
D’ailleurs lorsque nous aurons atteint à notre véritable nature, unis à Dieu comme cela a été le cas pour les disciples après la Pentecôte, unis à l’Esprit Saint et saints eux-mêmes, le risque de confusion n’existera plus, les interdits seront levés ; ce qui est révélé à Saint Pierre lorsque Dieu lui présente une nappe avec des animaux impurs à manger. Il refuse : « non Seigneur, car jamais quelque chose de souillé ni d’impur n’est entré dans ma bouche. Et pour la seconde fois la voix se fit entendre du ciel : Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde plus comme souillé ».
Le même Dieu qui avait posé l’interdit le lève, car pour Pierre, son « état d’homme réalisé » ne nécessite plus ces interdits. Ils « voit », il « entend », son cœur est « circoncis », il a revêtu l’homme nouveau.
Sommes-nous dans cet état de pureté, pour nous autoriser à jeter les interdits aux orties ?